childhood & philosophy
a journal of the international council of
philosophical inquiry with children
Gilles Deleuze :
enfants et devenir-enfance
Dans
cette section, les éditeurs proposent une série de points de vue de philosophes
anciens et modernes concernant l’enfance. Cette série a été inaugurée dans
notre premier numéro avec un texte intitulé “Platon and l’enfance” et elle se
poursuivra dans chaque numéro impair de Childhood & Philosophy. Le
but n’est pas toutefois d’exposer la doctrine complète de tel ou tel philosophe
sur l’enfance mais simplement de présenter et de rendre disponible pour les
lecteurs un certain nombre de textes susceptibles de les inspirer.
Dans
ce numéro 3 nous avons choisi le philosophe français contemporain Gilles
Deleuze qui s’est intéressé à l’enfance de diverses manières. Tout d’abord, il
a publié un livre pour enfants avec Jacqueline Duhême. Certes, ce livre n’a pas
été écrit spécialement pour les enfants : il a été composé de textes déjà
publiés par Deleuze dans ses autres ouvrages à destination des adultes. Reste
qu’il manifeste de diverses manières la considération que Deleuze avait pour
l’enfance. Comme Martine Leffort l’écrit en effet dans la préface : «
Lorsque Jacqueline Duhême proposa à Gilles Deleuze de réaliser un livre
illustré, il s’enthousiasma de ce que cette initiative devienne un projet
commun : le livre pourrait s’adresser à sa petite-fille Lola qui n’hésite
jamais à lui poser des questions.» (Duhême dessine Deleuze. L’oiseau
philosophie. Paris : Seuil, 1997, Préface, s. /p.). De plus, il y a des motifs moins subjectifs,
ou plus attaché à la conceptualité deleuzienne, qui rendent ce travail
philosophiquement intéressant. Le but y est en effet de « dégager des
concepts philosophies des événements purs, c’est-à-dire capables d’affecter une
petite fille, sans suite logique… » (Ibid.).
De
cet intérêt pour l’enfance on trouve encore trace dans le magnifique témoignage
autobiographique intitulé Abécédaire : l’enfance y est un des
concepts commentés (« e comme enfance ». In : “L´Abécédaire de Gilles Deleuze”. Paris: Editions Montparnasse, 1997.
Vidéo).
Au-delà
et plus généralement, c’est toute son œuvre et sa pensée qui nous paraissent
pleines de motifs enfantins, pleines de force pour penser et critiquer les
lieux communs et les stéréotypes, autant que pour éveiller les espaces
impensées que les discours et les pratiques sur et avec les enfants recouvrent
le plus souvent.
Parmi
les multiples références nous avons privilégiés quelques oeuvres, notamment, DR,
MP (compose avec Félix Guattari), le déjà cité Abécédaire.
Elles sont présentées en ordre chronologique de publication. Nous avons inclue
aussi un petit fragment des cours de Deleuze à l’Université Vincennes-Saint
Denis (cours disponibles sur le site Internet : www.deleuze.com). Les
références complètes sont à la fin, après les textes. Voilà un devenir-Deleuze pour l’enfance :
φ
Mais les objets réels, l’objet posé comme
réalité ou support du lien, ne constituent pas les seuls objets du moi, pas
plus qu’ils n’épuisent l’ensemble des relations dites objectales. Nous
distinguions deux dimensions simultanées : c’est ainsi que la synthèse
passive ne se dépasse pas vers une synthèse active, sans s’approfondir aussi
dans une autre direction, où elle demeure synthèse passive et contemplative,
tout en se servant de l’excitation liée pour atteindre autre chose, mais d’une
autre manière que celle du principe de réalité. Bien plus, il apparaît que
jamais la synthèse passive si celle-ci ne persistait simultanément, ne se
développait en même temps pour son compte, et ne trouvait une nouvelle formule,
à la fois dissymétrique et complémentaire de l’activité. Un enfant qui commence
à marcher ne se contente pas de lier des excitations dans une synthèse passive,
même à supposer que ces excitations soient endogènes et naissent de ses propres
mouvements. On n’a jamais marché de manière endogène. D’une autre part,
l’enfant dépasse les excitations liées vers la position ou l’intentionnalité
d’un objet, par exemple la mère comme but d’un effort, terme à rejoindre
activement « en réalité », par rapport auquel il mesure ses échecs et
ses succès. Mais d’autre
part et en même temps, l’enfant se constitue un autre objet, un
tout autre type d’objet, objet ou foyer virtuel que vient régler et compenser les progrès,
les échecs de son activité réelle : il met plusieurs doigts dans sa
bouche, entoure ce foyer de l’autre bras, et apprécie l’ensemble de la
situation du point de vue de cette mère virtuelle. Que le regard de l’enfant
soit tourné vers la mère réelle, que l’objet virtuel soit le terme d’une
apparente activité (le suçotement par exemple), risque d’inspirer à
l’observateur un jugement erroné. Le suçotement n’est agi que pour fournir un
objet virtuel à contempler dans un approfondissement de la synthèse
passive ; inversement la mère réelle n’est contemplée que pour servir de
but à l’action, et de critère à l’évaluation de l’action dans une synthèse
active. Il n’est pas sérieux de parler d’un égocentrisme de l’enfant. L’enfant
qui commence à manier un livre par imitation, sans savoir lire, ne se trompe
jamais: il le met toujours à l’envers. Comme s’il tendait à autrui, terme réel
de son activité, en même temps qu’il en saisit lui-même l’envers comme foyer
virtuel de sa passion, de sa contemplation approfondie. Des phénomènes très
divers comme le gauchisme, l’écriture en miroir, certaines formes de bégaiement,
certaines stéréotypies, pourraient s’expliquer à partir de cette dualité des
foyers dans le monde enfantin. Mais l’important est que ni l’un ni l’autre des
deux foyers n’est le moi. C’est dans une même incompréhension que l’on
interprète les conduites de l’enfant comme relevant d’un prétendu
« égocentrisme », et qu’on interprétait le narcissisme enfantin comme
excluant la contemplation d’autre chose. En vérité, à partir de la synthèse
passive de liaison, à partir des excitations liées, l’enfant se construit sur
une double série. Mais les deux séries sont objectales : celle des objets
réels comme corrélats de la synthèse active, celle des objets virtuels comme
corrélats d’un approfondissement de la synthèse passive. C’est en contemplant
les foyers virtuels que le moi passif approfondi se remplit maintenant d’une
image narcissique. Une série n’existerait pas sans l’autre ; et pourtant
elles ne se ressemblent pas. C’est pourquoi Henri Maldiney, analysant par
exemple la démarche de l’enfant, a raison de dire que le monde enfantin n’est
nullement circulaire ou égocentrique, mais elliptique, à double foyer qui
diffère en nature, tous deux objectifs ou objectaux pourtant. [1]
G.
Deleuze. Différence et Répétition,
Paris: PUF, 1968, p. 131-3 (10a. Ed., 2000).
φ Il est dit que
l’homme ne sait pas jouer :
c’est que, même lorsqu’il se donne un hasard ou une multiplicité, il conçoit
ses affirmations comme destinées à le limiter, ses décisions, destinées à en
conjurer l’effet, ses reproductions, destinées à faire revenir le même sous une
hypothèse de gain. Précisément c’est le mauvais jeu, celui où l’on risque de
perdre aussi que de gagner, parce qu’on n’y affirme pas tout le hasard : le caractère préétabli de la règle qui
fragmente a pour corrélat la condition par défaut dans le jouer, qui ne sait
quel fragment sortira. Le système de l’avenir, au contraire, doit être appelé
jeu divin, parce que la règle ne préexiste pas, parce que le jeu porte déjà sur
ses propres règles, parce que l’enfant-joueur ne peut que gagner – tout le
hasard étant affirmé chaque fois et pour toutes les fois. Non pas des
affirmations restrictives ou limitatives, mais coextensives aux questions
posées et aux décisions dont celles-ci émanent : un tel jeu entraîne la
répétition du coup nécessairement vainqueur, puisqu’il ne l’est qu’à force
d’embrasser toutes les combinaisons et les règles possibles dans le système de
son propre retour.
G.
Deleuze. Différence et Répétition,
Paris: PUF, 1968, p. 152.
φ Cette
redécouverte du sage stoïcen n’est pas réservée à la petite fille. Il est bien
vrai que Lewis Carroll déteste en général les garçons. Ils ont trop de
profondeur, donc de fausse profondeur, de fausse sagesse et d’animalité. Le
bébé masculin dans Alice se
transforme en cochon. En règle générale seules les petites filles comprennent
le stoïcisme, ont le sens de l’événement et dégagent un double incorporel. Mais
il arrive qu’un petit garçon soit bègue et gaucher, et conquiert ainsi le sens
comme double sens de la surface. La haine de Lewis Carroll à l’égard des
garçons n’est pas justiciable d’une ambivalence profonde, mais plutôt d’une
inversion superficielle, concept proprement carrollien. Dans Sylvie et Bruno, c’est le petit garçon
qui a le rôle inventif, apprenant ses leçons de toutes les manières, à
l’envers, à l’endroit, au-dessous, mais jamais à « fond ». Le grand
roman Sylvie et Bruno pousse à
l’extrême l’évolution qui s’esquissait dans Alice,
qui se prolongeait dans De l’autre côté
du miroir. La conclusion admirable de la première partie est à la gloire de
‘Est, d’où vient tout ce qui est bon, « et la substance des choses
espérées, et l’existence des choses invisibles. » Même le baromètre ne
monte ni ne descend, mais va en long, de côté, et donne chansons.
G. Deleuze. Deuxième série de paradoxes : des effects de
surface ». In : _____. Logique
du sens. Paris: Les Éditions de Minuit, 1969, p. 20-21.
φ Rien
de plus fragile que la surface. L’organisation secondaire n’est-elle pas
menacée par un monstre autrement puissant que le Jabberwock – par un non-sens
informe et sans fond, bien différent de ceux que nous avons vus précédemment
comme deux figures encore inhérentes au sens ? La menace est d’abord
imperceptible ; mais il suffit de quelques pas pour s’apercevoir d’une
faille agrandie, et que toute l’organisation de surface a déjà disparu, basculé
dans un ordre primaire terrible. Le non-sens ne donne plus le sens, il a tout
mangé. On croyait d’abord rester dans le même élément, ou dans un élément
voisin. On s’aperçoit qu’on a changé d’élément, qu’on est entré dans une
tempête. On croyait encore être parmi les petites filles et les enfants, on est
déjà dans une folie irréversible. On croyait être à la pointe des recherches
littéraires, dans la plus haute invention des langages et des mots ; on est
déjà dans les débats d’une vie convulsive, dans la nuit d’une création
pathologique concernant les corps. C’est pourquoi l’observateur doit être
attentif : il est peu supportable, sous le prétexte des mots-valises par
exemple, de voir mélanger les comptines d’enfants, les expérimentations
poétiques et les expériences de la folie. Un grand poète peut écrire dans un
rapport direct avec l’enfant qu’il a été et les enfants qu’il aime ; un
fou peut entraîner avec lui l’œuvre poétique la plus immense, dans un rapport direct
avec le poète qu’il fut et qu’il ne cesse pas d’être. Cela ne justifie
nullement la grotesque trinité de l’enfant, du poète et du fou. Avec toute la
force de l’admiration, de la vénération, nous devons être attentifs aux
glissements qui révèlent une différence profonde sous des ressemblances
grossières.
G. Deleuze. « treizième série : du schizophrène et de la petite
fille ». In : ______. Logique
du sens. Paris: Les Éditions de Minuit, 1969, p. 101.
φ Lorsque Freud
montre qu’un phantasme est constitué
par deux séries de base au moins, l’une infantile et prégénitale, l’autre
génitale et post-pubertaire, il est évident que ces séries se succèdent dans le temps, du point
de vue de l’inconscient solipsiste du sujet mis en cause. On se demande alors
comment rendre compte du phénomène de « retard », c’est-à-dire du temps nécessaire pour que la
scène infantile, supposé originaire, ne trouve son effet qu’à distance, dans
une scène adulte qui lui ressemble, et qu’on appelle dérivée.[2]
Il s’agit bien d’un problème de résonance entre deux séries. Mais précisément
ce problème n’est pas bien posé, tant qu’on ne tient pas compte d’une instance
par rapport à laquelle les deux séries coexistent dans un inconscient
intersubjectif. En vérité, les séries ne se répartissent pas, l’une infantile
et l’autre adulte, dans un même sujet. L’événement d’enfance ne forme pas une
des deux séries réelles, mais bien plutôt le sombre précurseur qui met en
communication les deux séries de base, celle des adultes que nous connûmes enfant,
celle de l’adulte que nous sommes avec d’autres adultes et d’autres enfants.
Ainsi le héros de
G. Deleuze. Différence et Répétition, Paris: PUF,
1968, p. 162-3.
φ A l’opposé de la
psychanalyse, de la compétence psychanalytique, qui rabat chaque désir et
énoncé sur un axe génétique ou une structure surcodante, et qui tire à l'infini
les calques monotones des stades sur cet axe ou des constituants dans cette
structure, la schizo-analyse refuse toute idée de fatalité décalquée, quel que
soit le nom qu'on lui donne, divine, anagogique, historique, économique,
structurale, héréditaire ou syntagmatique. (On voit bien comment Mélanie Klein
ne comprend pas le problème de cartographie d'un de ses enfants patients, le
petit Richard, et se contente de tirer des calques tout faits - OEdipe, le bon
et le mauvais papa, la mauvaise et la bonne maman - tandis que l'enfant tente
avec désespoir de poursuivre une performance que la psychanalyse méconnaît
absolument 8.) Les pulsions et objets
partiels ne sont ni des stades sur l'axe génétique, ni des positions dans une
structure profonde, ce sont des options politiques pour des problèmes, des
entrées et des sorties, des impasses que l'enfant vit politiquement,
c'est-à-dire dans toute la force de son désir.
G. Deleuze ;
F. Guattari. Mille Plateaux. Capitalisme
et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de Minuit, 1980, p. 20-1.
φ La paix et la
guerre sont des états ou des mélanges de corps très différents ; mais le décret
de mobilisation générale exprime une transformation incorporelle et instantanée
des corps. Les corps ont un âge, une maturation, un vieillissement; mais le
majorat, la retraite, telle catégorie d'âge, sont des transformations
incorporelles qui s'attribuent immédiatement aux corps, dans telle ou telle
société. « Tu n'es plus un enfant... » : Cet énoncé concerne une transformation
incorporelle, même si elle se dit des corps et s'insère dans leurs actions et
passions. La transformation incorporelle se reconnaît à son instantanéité, à
son immédiateté, à la simultanéité de l'énoncé qui l'exprime et de l'effet
qu'elle produit ; ce pourquoi les mots d'ordre sont strictement datés, heure,
minute et seconde, et valent aussitôt que datés. L'amour est un mélange de
corps, qui peut être représenté par un coeur percé d'une flèche, par une union
des âmes, etc. ; mais la déclaration « je t'aime » exprime un attribut non
corporel des corps, de l'amant comme de l'aimé.
G.
Deleuze ; F. Guattari. Mille
Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de
Minuit, 1980, 102-3
φ L'oeuf est le CsO
[Corps sans organes]. Le CsO n'est pas « avant » l'organisme, il y est
adjacent, et ne cesse pas de se faire. S'il est lié à l'enfance, ce n'est pas
au sens où l'adulte régresserait à l'enfant, et l'enfant à
G.
Deleuze ; F. Guattari. Mille
Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de
Minuit, 1980, 202-3
φ Les enfants sont
spinozistes. Lorsque le petit Hans parte d'un « fait-pipi », ce n'est pas un
organe ni une fonction organique, c'est d'abord un matériau, c'est-à-dire un
ensemble d'éléments qui varie d'après ses connexions, ses rapports de mouvement
et de repos, les divers agencements individués où il entre. Une fille a-t-elle
un fait-pipi ? Le garçon dit oui, et ce n'est pas par analogie, ni pour
conjurer une peur de la castration. Les filles ont évidemment un fait-pipi,
puisqu'elle font pipi effectivement : fonctionnement machinique plus que
fonction organique. Simplement, le même matériau n'a pas les mêmes connexions,
les mêmes rapports de mouvement et de repos, n'entre pas dans le même
agencement chez le garçon et la fille (une fille ne fait pas pipi debout ni
loin). Une locomotive a-t-elle un fait-pipi ? Oui, dans un autre agencement
machinique encore. Les chaises n'en ont pas : mais c'est parce que les éléments
de la chaise n'ont pas pu prendre ce matériau dans leurs rapports, ou en ont
suffisamment décomposé le rapport pour qu'il donne tout autre chose, un bâton
de chaise par exemple. On a pu remarquer qu'un organe, pour les enfants,
subissait « mille vicissitudes », était « mal localisable, mal identifiable,
tantôt un os, un engin, un excrément, le bébé, une main, le coeur de papa... ».
Mais ce n'est pas du tout parce que l'organe est vécu comme objet partiel.
C'est parce que l'organe sera exactement ce que ses éléments en feront d'après
leur rapport de mouvement et de repos, et la façon dont ce rapport se compose
ou se décompose avec celui des éléments voisins. Ce n'est pas de l'animisme,
pas plus que du mécanisme, mais un machinisme universel : un plan de
consistance occupé par une immense machine abstraite aux agencements infinis.
Les questions des enfants sont mal comprises tant qu'on n'y voit pas des
questions-machines ; d'où l'importance des articles indéfinis dans ces
questions (un ventre, un enfant, un
cheval, une chaise, « comment est-ce qu'une
personne est faite ? »), Le spinozisme est le devenir-enfant du philosophe. On
appelle longitude d'un corps les ensembles de particules qui lui
appartiennent sous tel ou tel rapport, ces ensembles étant eux-mêmes parties
les uns des autres suivant la composition du rapport qui définit l'agencement
individué de ce corps.
G.
Deleuze ; F. Guattari. Mille
Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de
Minuit, 1980, p. 313.
φ Schérer et
Hocquenghem ont dégagé ce point essentiel, quand ils ont reconsidéré le
problème des enfants-loups. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une production réelle
comme si l'enfant était « réellement » devenu animal ; il ne s'agit pas
davantage d'une ressemblance, comme si l'enfant avait imité des animaux qui
l'auraient réellement élevé ; mais il ne s'agit pas non plus d'une
métaphore symbolique, comme si l'enfant autiste, abandonné ou perdu, était
seulement devenu 1' « analogue » d'une bête. Scherer et Hocquenghem ont raison
de dénoncer ce faux raisonnement, fondé sur un culturalisme ou un moralisme qui
se réclament de l'irréductibilité de l'ordre humain : puisque l'enfant n'est
pas transformé en animal, il serait seulement dans une relation métaphorique
avec lui, induite par son infirmité ou son rejet. Pour leur compte, ils
invoquent une zone objective d'indétermination ou d'incertitude, « quelque
chose de commun ou d'indiscernable », un voisinage « qui fait qu'il est
impossible de dire où passe la frontière de l'animal et de l'humain », non
seulement chez les enfants autistes, mais chez tous les enfants, comme si,
indépendamment de l'évolution qui l'entraîne vers l'adulte, il y avait chez
l'enfant place pour d'autres devenirs, « d'autres possibilités contemporaines
», qui ne sont pas des régressions, mais des involutions créatrices, et qui
témoignent « d'une inhumanité vécue immédiatement dans le corps en tant que
tel », noces contre nature « hors du corps programmé ». Réalité du
devenir-animal, sans que l'on devienne animal en réalité. Il ne sert à rien,
dès lors, d'objecter que l'enfant-chien ne fait le chien que dans les limites
de sa constitution formelle, et ne fait rien de canin qu'un autre être humain
n'aurait pu faire s'il l'avait voulu. Car ce qu'il faut expliquer, c'est
précisément que tous les enfants, même beaucoup d'adultes, le fassent plus ou
moins, et témoignent avec l'animal d'une connivence inhumaine plutôt que d'une
communauté symbolique oedipienne44. On ne
croira pas non plus que les enfants brouteurs, ou mangeurs de terre, ou de
chair crue, y trouvent seulement des vitamines ou des éléments dont leur
organisme aurait une carence. Il s'agit de faire corps avec l'animal, un corps
sans organes défini par des zones d'intensité ou de voisinage. D'où vient dès
lors cette indétermination, cette indiscernabilité objectives dont parlent
Schérer et Hocquenghem ?
G.
Deleuze ; F. Guattari. Mille
Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de
Minuit, 1980, p. 335
φ La jeune fille est
comme le bloc de devenir qui reste contemporain de chaque terme opposable,
homme, femme, enfant, adulte. Ce n'est pas la jeune fille qui devient femme,
c'est le devenir-femme qui fait la jeune fille universelle ; ce n'est pas
l'enfant qui devient adulte, c'est le devenir-enfant qui fait une jeunesse
universelle. Trost, auteur mystérieux, a fait un portrait de jeune fille auquel
il lie le sort de la révolution : sa vitesse, son corps librement machinique,
ses intensités, sa ligne abstraite ou de fuite, sa production moléculaire, son
indifférence à la mémoire, son caractère non figuratif - « le non-figuratif du
désir 47 ». Jeanne d'Arc ? Particularité de la
jeune fille dans le terrorisme russe, la jeune fille à la bombe, gardienne de
dynamite ? Il est sûr que la politique moléculaire passe par la jeune fille et
l'enfant. Mais il est sûr aussi que les jeunes filles et les enfants ne tirent
pas leurs forces du statut molaire qui les dompte, ni de l'organisme et de la
subjectivité qu'ils reçoivent ; ils tirent toutes leurs forces du devenir
moléculaire qu'ils font passer entre les sexes et les âges, devenir-enfant de
l'adulte comme de l'enfant, devenir-femme de l'homme comme de la femme. La
jeune fille et l'enfant ne deviennent pas, c'est le devenir lui-même qui est
enfant ou jeune fille. L'enfant ne devient pas adulte, pas plus -que la jeune
fille ne devient femme ; mais la jeune fille est le devenir-femme de chaque
sexe, comme l'enfant le devenir-jeune de chaque âge. Savoir vieillir n'est pas
rester jeune, c'est extraire de son âge les particules, les vitesses et
lenteurs, les flux qui constituent la jeunesse de cet âge. Savoir aimer
n'est pas rester homme ou femme, c'est extraire de son sexe les particules, les
vitesses et lenteurs, les flux, les n sexes qui constituent la jeune
fille de cette sexualité. C'est l'Age même qui est un devenir-enfant,
comme
G.
Deleuze ; F. Guattari. Mille
Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de
Minuit, 1980, p. 339-340
φ Dominique Femandez
a écrit à ce sujet un beau livre où, se gardant heureusement de toute
considération psychanalytique sur un lien de la musique et de la castration, il
montre que le problème musical d'une machinerie de la voix impliquait
nécessairement l'abolition de la grosse machine duelle, c'est-à-dire de la
formation molaire qui distribue les voix en « homme ou femme 77 ». Etre homme ou femme n'existe
plus en musique. Il n'est pas sûr toutefois que le mythe de l'androgyne invoqué
par Femandez soit suffisant. Il ne s'agit pas de mythe, mais de devenir réel.
Il faut que la voix atteigne elle-même à un devenir-femme ou à un
devenir-enfant. Et c'est là le prodigieux contenu de la musique. Dès lors,
comme le remarque Femandez, il ne s'agit pas d'imiter la femme ou d'imiter
l'enfant, même si c'est un enfant qui chante. C'est la voix musicale qui
devient elle-même enfant, mais en même temps l'enfant devient sonore, purement
sonore. Jamais aucun enfant n'aurait pu le faire, ou s'il le fait, c'est en
devenant aussi autre chose qu'enfant, enfant d'un autre monde étrangement
céleste et sensuel. Bref, la déterritorialisation est double : la voix se
déterritorialise dans un devenir-enfant, mais l'enfant qu'elle devient est
lui-même déterritorialisé, inengendré, devenant. « Des ailes ont poussé à
l'enfant », dit Schumann.
G.
Deleuze ; F. Guattari. Mille
Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de
Minuit, 1980, p. 373
φ La situation
de Dieu quand il crée le monde est très bizarre, vous voyez, et ça fait partie
des idées les plus célèbres de Leibniz, la situation de Dieu quand il crée le
monde c'est que Dieu se trouve dans la situation où il choisit entre une
infinité de monde possible, il choisit entre une infinité de monde également
possibles, mais qui ne sont pas compossibles les uns avec les autres. Dans
l'entendement de Dieu il y a une infinité de mondes possibles et Dieu va
choisir, parmi ces mondes possibles, qui ne sont pas compossibles les uns avec
les autres, il va choisir l'un d'entre eux. Lequel? Heureusement on n’a pas
encore à s'occuper de cette question, mais c'est facile à deviner, la réponse
de Leibniz; il va choisir le meilleur. Le meilleur. Il va choisir le meilleur
des mondes possibles. Il ne peut pas les choisir tous à la fois, ils sont
incompossibles. Il va donc choisir le meilleur des mondes possibles, idée très
très curieuse, mais qu'est ce que veut dire le meilleur, et comment est-ce
qu'il choisit le meilleur? Il faut bien une espèce de calcul! Qu'est-ce que ce
sera le meilleur des mondes possibles, et comment est-ce qu'il le choisit?
Est-ce que Leibniz ne va pas s'inscrire dans une longue théorie de philosophes
pour qui l'activité supérieure est le jeu? Seulement dire que, pour beaucoup de
philosophes, l'activité supérieure ou divine est le jeu, ce n'est pas dire
grande chose, parce qu'il s'agit de savoir de quel jeu il est question? Et tout
change suivant la nature du jeu. Il est bien connu que déjà Héraclite invoquait
le jeu de l'enfant-joueur, mais tout dépend à quoi qu'il joue, l'enfant-joueur.
est-ce que le Dieu de Leibniz joue au même jeu que l'enfant d'Héraclite ?
Est-ce que ce sera le même jeu que Nietzsche invoque? Est-ce que ce sera encore
le même jeu que celui de Mallarmé? Leibniz nous forcera à faire une théorie des
jeux, même pas à faire une théorie des jeux, lui-même ça le passionnait.
G.
Deleuze. Cours sur Leibniz, Université Vincennes Saint-Denis, 27/01/1987.
φ L’enfant ne
cesse de dire ce qu’il fait ou tente de faire : explorer des milieux, par
trajets dynamiques, et en dresser la carte. Les cartes de trajets son
essentielles à l’activité psychique. Ce que réclame le petit Hans, c’est de
sortir de l’appartement familial pour passer la nuit chez la voisine, et
revenir le matin : l’immeuble comme milieu. Ou bien : sortir de
l’immeuble pour aller au restaurant rejoindre la petite fille riche, en passant
par l’entrepôt de chevaux – la rue comme milieu. Même Freud estime nécessaire
de faire intervenir une carte[3].
Pourtant
Freud, à son habitude, ramène tout au père-mère : bizarrement, l’exigence
d’explorer l’immeuble lui paraît un désir de coucher avec la mère. C’est comme
si les parents avaient des places ou des fonctions premières, indépendantes des
milieux. Mais un milieu est fait de qualités, substances, puissances et événements :
par exemple la rue, et ses matières comme les pavés, ses bruits comme le cri
des marchands, ses animaux comme les chevaux attelés, ses drames (un cheval
glisse, un cheval tombe, un cheval est battu…). Le trajet se confond non
seulement avec la subjectivité du milieu lui-même en tant qu’il se réfléchit
chez ceux qui le parcourent. Elle se confond avec son objet, quand l’objet
lui-même est mouvement. Rien est plus instructif que les chemins d’enfants
autistes, tels que Deligny en révèle les cartes, et les superpose, avec leurs
lignes coutumières, leur lignes d’erre, leur boucles, leurs repentirs et
rebroussements, toutes leurs singularités[4].
Or
les parents sont eux-mêmes un milieu que l’enfant parcourt, dont il parcourt
les qualités et les puissances et dont il dresse la carte. Ils ne prennet une
forme personnelle et parentale que comme les représentants d’un milieu dans un
autre milieu. Mais il est erroné de faire comme si l’enfant était d’abord
limité à ses parents, et n’accédait à des milieux que par après, et par extension, par dérivation. Le père et le mère ne
sont pas les coordonnées de tout ce que l’inconscient investit. Il n’y a pas de
moment où l’enfant n’est déjà plongé dans un milieu actuel qu’il parcourt, où
les parents comme personnes jouent seulement le rôle d’ouvreurs ou de fermeurs
de portes, de gardiens de seuils, de connecteurs ou déconnecteurs de zones. Les
parents sont toujours en position dans un monde qui ne dérive pas d’eux. Même
chez le nourrisson il y a un continent-lit par rapport auquel les parents se
définissent, comme des agents sur les parcours de l’enfant.
G.
Deleuze. Ce que les enfants disent. In : _____. Critique et clinique. Paris : Les Éditions de Minuit, 1993, p.
81-2.
φ GD :
Je considère que vraiment l’activité d’écrire n’a rien à voir avec son affaire
a soi. Pas du tout qu’on ne doive y donner toute son âme. La littérature et
l’écriture ont fondamentalement à voir avec la vie. Mais la vie c’est quelque
chose de plus que personnel. Tout ce qui importe dans la littérature… quelque
chose de la vie de la personne, de la vie personnel de l’écrivain est par
nature fâcheux, par nature lamentable puisque cela empêche de voir, cela
empêche de… etc.… sure, vraiment, c’est une petite affaire privé. Ça ce n’est jamais été mon enfance. Ce n’est
pas que elle me fait horreur. Ce qui m’importe, a la rigueur, c’est comme on
dit: il y a des devenir-animaux qu’on developpe, il y a des devenir-enfants…
Écrire, je crois, c’est toujours devenir quelque chose, mais c’est pour ça
qu’on n’écrit pas pour écrire … mais je croix que on écrit parce que quelque
chose de la vie passe en nous. Il y a des choses... On écrit pour la vie. C’est
ça. Et on devient quelque chose. Écrire c’est devenir. Mais, c’est devenir tous
ce que l’on veut sauf devenir écrivant. Et c’est faire tous ce qu’on veut sauf
de l’archive. Alors, autant je respect l’archive. La, c’est bien, parce que…
faire de l’archive mais… c’est pas… il n’y a d’intérêt que par rapport a autre
chose… c’est justement parce qu’il y a une autre chose et que par l’archive on
peut comprendre un petit quelque chose de cet autre chose… Mais l’idée même,
par exemple, de parler de mon enfance me parait d’une perception … c’est ça qui
n’a aucun intérêt. Mais c’est parce que… c’est le contraire de toute
Littérature, je crois. C’est le contraire... Si tu permet, je veux lire... je
lu ça déjà mille fois, une phrase que tout le monde a dit, tout les écrivains
ont toujours dit. Mais je tombe sur un livre, je ne connaissait pas ... un
grand poète russe… Mandelstam… j'as lu ça hier…
φ CP :
Tu peux lire le prénom… ?
φ GD :
Oui, Ossip, Ossip… Il dit dans cet phrase… il y a des équivalents, c’est le
type de phrase qui me boulverse … et le rôle d’un prof c’est ça… c’est
communiquer une texte, c’est faire lire une texte a des gamins … C’est ça que
Halbwachs a fait pour moi. Lui dit : […] « Je n’ai jamais pu
comprendre les jeunes comme Tolstoï – même Tolstoï - amoureux des archives
familiales avec leurs épopées de souvenirs domestiques - la ça commence a devenir
sérieux, je crois… -. Je le répète, ma mémoire est non pas d’amour mais
d’hostilité, et elle travaille non pas à reproduire, mais à écarter le passé.
Pour un intellectuel de médiocre origine – comme lui – la mémoire est
inutile ; il lui suffit de parler des livres qu’il a lus, et sa biographie
est faite – comme moi avec Halbwachs-. La où, chez les générations heureuses,
l’épopée parle en hexamètres et en chronique, chez moi se tient un signe de
béance et entre moi et le siècle gît un abîme, un fossé, remplis du temps que
bri. Que voulait dire ma famille ? Je ne sais. Elle était bègue de
naissance et cependant elle avait quelque chose à dire. Sur moi et sur beaucoup
de mes contemporaines pèse le bégaiement de la naissance. Nous avons appris non
pas à parler, mais à balbutier et ce n’est qu’en prêtant l’oreille au bruit
croissant du siècle et une fois blanchis par l’écume de sa crête que nous avons
acquis une langue » Alors, je ne sais pas, mais pour moi ça veut dire…
Oui, ça je veux dire vraiment… Écrire c’est témoigner de la vie. C’est
témoigner pour la vie. C’est témoigner pour les bêtes qui meurrent, c’est
bégayer dans la langue. Faire de la littérature en faisant appel à l’enfance,
c’est faire typiquement de la littérature sa petite affaire privée, c’est
vraiment la littérature de Prisunic, de bazar, c’est les best-seller, c’est la
vraie merde … si l’on ne pousse pas le langage jusqu’au point où il bégaie,
mais ça ce n’est pas facile… parce que ce n’est pas faire « be be
be »… comme ça… si on va pas jusque là… alors, peut-être que la
littérature tout comme en forçant, en poussant le langage jusqu’à une limite…
il y a un devenir-animal du langage même et de l’écrivain… et aussi il y a un
devenir-enfant, mais ce n’est pas son enfance. Il devient un enfant, oui, me ce
n’est pas son enfance, ce n’est plus l’enfance de personne, c’est l’enfance du
monde, c’est l’enfance d’un monde, alors, c’est ça qui m’intéresse de
l’enfance… Alors ceux qui s’intéressaient à leur enfance qu’ils continuent…
c’est très bien, ils font la littérature qu’ils méritent… si quelqu’un ne s’est
pas intéressé a son enfance, c’est Proust, par exemple… bon, et les tâches de
l’écrivain, ce n’est pas de fouiller dans les archives familiéres, ce n’est pas
de s’intéresser à son enfance, personne de digne ne s’intéresse à son enfance …
c’est une autre tâche de devenir enfant par l’écriture, arriver à une enfance
du monde, restaurer une enfance du monde, ça, c’est une tâche de la
littérature. […] L’enfant que j’ai été, c’est rien, j’ai été un enfant quelconque.
φ Ma troisième
proposition est que, si la psychanalyse procède ainsi, c’est parce qu’elle
dispose d’une machine automatique d’interprétation. La machine d’interprétation
peut être résumée de la manière suivant : quoi qu’on dise, ce qu’on dit
veut dire autre chose. On ne saurait assez dénoncer les dommages produits par
ces machines. Quand on m’explique que ce que je dis veut dire une autre chose
que ce que je dis, il se produit par là même un clivage du moi comme sujet. Ce
clivage est bien connu :ce que je dit renvoi à moi (dans mes rapports avec
l’analyste) comme sujet d’énonciation. Ce clivage est conçu par la psychanalyse
elle-même comme la base de la castration et empêche toute production d’énoncés.
Par exemple, dans certains écoles pour enfants en difficulté, caractériels ou
même psychopathes, l’enfant, dans ses activités de travail ou de jeu, est placé
en rapport avec son éducateur, et il est pris là en tant que sujet
d’énonciation. Quoi qu’il fasse dans le groupe au niveau de son travail et de
ses jeux, cela sera référé à une instance supérieure, celle du psychothérapeute
qui sera seul chargé d’interpréter, de sorte que l’enfant lui-même est clivé,
il ne peut faire passer aucun énoncé de ce qui le concerne réellement dans ses
rapports ou avec son groupe. Il aura l’impression de parler, mais il ne pourra
pas dire un seul mot de ce qui le touche essentiellement. De fait, ce qui
produit des énoncés en chacun de nous, ce n’est pas nous en tant que sujet,
c’est tout autre chose, se sont les multiplicités, les masses et les meutes,
les peuples et les tribus, les agencements collectifs qui nos traversent, qui
nous sont intérieurs et que nous ne connaissons pas parce qu’ils font partie de
notre inconscient même.
Références bibliographiques
G. Deleuze. Différence et Répétition, Paris: PUF,
1968.
_____. Logique du sens. Paris: Les Éditions de
Minuit, 1969.
_____. Cours sur
Leibniz, Université Vincennes Saint-Denis, 27/01/1987.
_____. Critique et clinique. Paris : Les
Éditions de Minuit, 1993.
_____.
L´Abécédaire de Gilles Deleuze. Paris: Editions Montparnasse, 1997. Video.
_____. L’île
déserte et autres textes. Édition préparée par David Lapoujade.
Paris : Les Éditions de Minuit, 2002
G. Deleuze ; F.
Guattari. Mille Plateaux. Capitalisme
et schizophrénie 2. Paris : Les éditions de Minuit, 1980
[1] Cf. Henri MALDINEY, Le Moi, cours résumé, Bulletin Faculté de Lyon, 1967.
[2] Sur ce problème, cf. Jean LAPLANCHE et J:B.
PONTALIS, Fantasme originaire, fantasmes des origines, origine du fantasme, Les Temps modernes, avril. 1964.
44 René
Schérer et Guy Hocquenghem, Co-ire, Recherches, pp. 76-82 : leur
critique de la thèse de Bettelheim, qui ne voit dans les devenirs-animaux de
l'enfant qu'une symbolique autiste, exprimant d'ailleurs l'angoisse des parents
plus qu'une réalité enfantine (cf. La forteresse vide, Gallimard).
47 Cf. Trost, Visible
et invisible, Arcanes et Librement mécanique,
Minotaure : « Elle était à la fois dans sa réalité
sensible et dans le prolongement idéel de ses lignes comme la projection d'un
groupe humain à venir. »
77 Dominique
Fernandez, La rose des Tudors, Julliard jet le roman Porporino,
Grasset). Fernandez cite la musique pop comme un retour timide à la grande
musique vocale anglaise. Il faudrait en effet considérer les techniques de
respiration circulaire, où l'on chante en inspirant et en expirant, ou de
filtrage du son d'après des zones de résonance (nez, front, pommettes -
utilisation proprement musicale du visage).
[3] Freud, Cinq psychanalyses, PUF.
[4] Fernand Delign, “Voix et voir”, Cahiers de l’immuable, I.